Accueil  > articles  > le bouguen  > souvenir du bouguen joël le (...)
Dernière mise à jour :
vendredi 4 avril 2014
Statistiques éditoriales :
164 Articles
Aucune brève
26 Sites Web
270 auteurs

Statistiques des visites :
98 aujourd'hui
64 hier
900333 depuis le début
Souvenir du Bouguen Joël Le Bras enregistrer pdf {id_article}
dimanche 19 décembre 2004
par PERHIRIN Georges, Webmaster
Nombre de visites : 136224


Témoignage et paroles d’un ancien du Bouguen nord - ouest

Monsieur Joël Le Bras a passé très exactement quatre ans, de 1948 à 1952, à l’âge de ses douze ans à ses seize ans.

Le Bouguen nord-ouest (comme d’ailleurs le Bouguen nord-est) est un quartier “à part”, comme un rajout au quartier de base, né plus de deux ans auparavant autour des « Bouguen » centre et poterne. Le Bouguen nord-est date pour sa part de novembre 1948 : j’en fus l’un des tous premiers occupants.

Le quartier était situé dans le quadrilatère actuel dont les côtés sont, les rues de Kergoat, d’Aumale, Randon et Audéoud. La rue d’Aumale et la rue Baratier qui la prolonge vers la rue de Normandie, étaient deux chemins creux, seulement fréquentés par les charrettes et les engins agricoles de la ferme de Kergoat, toute proche. A l’emplacement actuel de l’avenue de Tarente dans sa portion qui se prolonge par la rue de Normandie, existait un ruisseau, descendu du Bois de Sapins. Ce ruisseau allait rejoindre la Penfeld en longeant le mur de la lingerie de la Marine.

Pour rejoindre le ruisseau, on ne prenait pas le chemin « Aumale - Baratier », mais on coupait par champs et prairies, là où se trouvent aujourd’hui les rues Valée et Changarnier.

Ma baraque, la K3 bis, était située à l’emplacement approximatif du carrefour Aumale - Lamoricière.

JPEG - 117 ko
Défilé au Bouguen
JPEG - 26.2 ko
Place de l’Oncor

Ce quartier était “à part”, pour trois raisons :

- La composition particulière de sa population.
- Son isolement.
- Ses types d’habitat.

La Population du Bouguen nord-ouest était peu d’anciens Brestois, type « sinistrés - dispersés - réfugiés - évacués » de la guerre.

Composée d’une grande majorité de non - Brestois d’origine, venus de tout le Finistère, et même de plus loin, en " renfort de la reconstruction ". Niveau social disparate, en moyenne plus élevé que le reste du Bouguen.

J’y ai connu des ingénieurs, des contremaîtres, des ouvriers, des spécialistes, des cadres moyens de l’Administration, des professeurs, des instituteurs, mais aussi tout autre type de travailleur. Cette composition hétéroclite était donc encore renforcée par le fait qu’aucune personne ou presque n’était en mesure de présenter une référence brestoise.

Chacun avait sa propre histoire, sans le dénominateur commun de la ville de Brest, encore moins d’un quartier de l’ancien Brest.

Les enfants étaient relativement rares (un à deux maximums par famille, et même des couples sans enfant). Les plus grandes baraques étaient de ce fait des “3 pièces”.

Les habitants du Bouguen nord-ouest n’avaient en fait rien à retrouver à Brest, ni appartement, ni maison, ni quartier sinistré à réintégrer.

Ils n’avaient donc aucun attachement fort avec la ville (ma mère est certes brestoise, mais elle avait quitté Brest en 1925).

JPEG - 107.4 ko
Le Bouguen
JPEG - 106 ko
Jour de fête au Bouguen, place de l’Oncor

++++Beaucoup des habitants sont plutôt de passage, et vont s’en aller, une fois la reconstruction de la ville achevée. D’autres vont cependant se décider à rester à Brest s’ils y ont trouvé un débouché professionnel ou si leurs enfants y poursuivent leurs études.

Mais très vite, (et sans doute du fait de leur niveau social), ils vont chercher à échapper aux baraques et vont assiéger le M. R. L. pour obtenir un logement neuf au centre-ville, plus conforme selon eux, à leur « standing » social.

Personnellement, j’ai quitté le Bouguen pour m’installer rue du Gaz où mon grand-père possédait un sur réquisition, par une famille nécessiteuse.

JPEG - 85.8 ko
JPEG - 89.6 ko

Conséquences : Pas de cohésion sociale, peu de contacts entre habitants, sinon le strict nécessaire, peu d’affinités, car, pas de communauté d’intérêt. Pas de convivialité particulière. Pas de veillées, chacun se calfeutrant chez soi la nuit venue. Remplacement fréquent des habitants (en quatre ans, j’ai vu des voisins emménager et déménager, moi-même n’y suis donc resté que quatre ans...).

Peu d’investissement des habitants dans l’environnement : pas d’entretien extérieur des baraques (ex : peinture des portes et volets), pas de jardinets potagers...

Isolement du quartier : Isolement des familles au sein même du quartier, mais aussi vis-à-vis de l’extérieur. Il n’existe que peu de liens avec les autres quartiers, dont peut être les modes de vie sont considérés comme différents. Nous-mêmes fréquentions seulement une autre famille (même profession paternelle) qui habitait Bouguen nord-est, quartier présentant sensiblement les mêmes particularités que le Bouguen nord-ouest, mais quand même nettement séparé de lui par des quartiers comme le Bouguen - nord. Mais surtout, le Bouguen nord-ouest, dernier quartier avant la campagne, reste séparé du reste du Bouguen par l’ON COR. C’est bien le « quartier d’au-delà de l’ON COR ».

JPEG - 51 ko
JPEG - 56.2 ko

++++La présence de ces longues baraques " suisses " noires et basses, rappelant à s’y méprendre les camps de prisonniers de guerre, posait un vrai problème au Bouguen nord-ouest qui lui était accolé. Il y avait là un véritable " renversement de quota ", d’un côté 500 finistériens, de l’autre 1200 "étrangers ", majoritairement nord-africains, français certes, mais aux coutumes absolument aux antipodes de celles des habitants du " nord-ouest ".

C’est le soir surtout, quand tout le monde est rentré du travail, que le problème devient aigu. La cohabitation est surtout difficile du fait du bruit (postes de radio restant ouverts une partie de la nuit), de l’odeur (braseros à méchoui), des tas d’immondices qui s’entassent entre les baraques. Ni banditisme, ni insécurité réelle, c’est vrai, simplement un “envahissement culturel” créant des tensions plus ou moins vives, pouvant aller jusqu’à l’agression verbale à connotation raciste (de part et d’autre) et un sentiment d’insécurité ressenti par les femmes appelées à traverser à pied ce quartier de célibataires, ne serait-ce que pour aller faire leurs courses.

Exemple avant la lettre de ce qui peut se passer quand une culture allogène étouffe peu ou prou une culture indigène...

Un exemple résumera mieux ma pensée en ce domaine : j’avais deux camarades de lycée qui habitaient l’un Bouguen - centre, l’autre Bouguen - nord : leurs mères m’invitaient à venir chez elles, mais interdisaient à leurs fils de venir chez moi, " à cause de L’ON COR ".

JPEG - 133.8 ko
Bouguen Ouest, face à l’Oncor
JPEG - 112.3 ko
Les jeunes du Bouguen défilent

Du coup, le Bouguen nord-ouest, déjà excentré par rapport au reste du Bouguen, est un peu le bout du monde, d’autant que déjà, il n’y a aucun commerce, aucune ligne de bus, aucune animation, ni centre quelconque de loisirs.

Sans voiture, on y vit dans une sorte d’enfermement quasi - permanent.

Les loisirs se résument à la radio ou, le dimanche matin, à la lecture de l’“Huma - dimanche” qu’on vient nous vendre à domicile.

Je n’ai souvenance, en quatre ans, que d’une fête donnée sur l’esplanade ou terrain plus ou moins vague en face du Bouguen - ouest, avec une miss dans une voiture décapotable, quelques manèges et une course cycliste.

Pour sortir de l’étouffoir, il y a quand même en ce qui me concerne, le lycée (plus de trois kilomètres à pied pour rejoindre l’Harteloire), et aussi les spectacles du P.L.L., les films du "Sélect" de Kérinou et les matches à Ménez Paul (toujours à pied).

Il y a enfin les joies de la campagne et du ruisseau, un vrai ruisseau breton, avec ses saules et ses cigües, et sur les bords duquel, on allait parfois pique-niquer. Et plus bas, la Penfeld à l’anse Saupin, dans laquelle on allait se baigner l’été.

JPEG - 63.7 ko
Patinage le Bouguen, 1er leçon
JPEG - 21.6 ko
Cérémonie avec les habitants du Bouguen
JPEG - 99.3 ko
Les jeunes du Bouguen défilent

++++Le type d’habitat : Seul le Bouguen nord-ouest est doté de baraques type 4/14 b, baraques doubles pour deux ménages (voir croquis). Chacun des deux appartements symétriques a 32 m² habitables : une cuisine salon, salle à manger, chambre d’enfants, de 16 m², une chambre des parents de 12 m² et un bûcher cagibi-réserve-wc (à la turque) de 4 m². Pas de salle de bain ni même de lavabo, l "évier de cuisine servant pour toute forme de toilette. Le chauffage se fait par une cuisinière à bois/charbon, avec tuyau coudé sortant par le toit (à la différence de certaines baraques où il sort par un carreau de la fenêtre). L’hiver, malgré le chauffage, la condensation intérieure est très forte et l’eau dégouline sur les carreaux et les murs. L’été, la chaleur intérieure est souvent insupportable. Parmi les problèmes rencontrés, citons encore : les plaques de mur en fibro-ciment amianté (dont on ne connaît pas encore les dangers mortels), le goudron des toits qui fond sous le soleil, le problème de la promiscuité bien sûr, mais plus encore de la contiguïté avec l’appartement voisin. Mon lit étant collé à la paroi " papier à cigarette " séparant les deux appartements, je vivais le soir chez le voisin. Or celui-ci, agent technique à l’arsenal et homme sobre, trouvait sa femme ivre tous les soirs et j’avais droit à deux ou trois heures systématiques de bagarres, de cris et vaisselle cassée...

La moitié des issues étaient condamnées pour permettre de ranger les meubles (nous avions réussi à tout caser, nous qui venions de la campagne et d’une maison à quatre vastes pièces et un immense grenier). Voilà donc, très résumée mon opinion sur l’épisode de ma vie passée en baraque.

 


    6 Messages

    • > Souvenir du Bouguen Joël Le Bras 26 janvier 2005 22:07, par georges Dodeman

      que veut dire ONCOR ?

      • > Souvenir du Bouguen Joël Le Bras 28 janvier 2005 11:56, par webmaster

        ONCOR = Organisation National des Cantonnements pour Ouvriers de la Reconstruction.

        Merci d’avoir pris le temps de regarder le site.

      • > Souvenir du Bouguen Joël Le Bras 27 novembre 2007 17:54

        avez vous eu deux soeurs car j’ai connu une famille Le Bras habitant a la poterne

        • > Souvenir du Bouguen Joël Le Bras 8 avril 2008 14:54, par fine29

          moi aussi j’habitais au bouguen poterne j 43
          mes voisins étaient les LE BRAS DIQUELOU MINGANT BOUGARAN BARBEDETTE
          ma copine était jeannine Le Bras
          je m’appelle Annie et mes soeurs Eliane et Claudine
          mes frères François et Jean Yves

          • > Souvenir du Bouguen Joël Le Bras 19 janvier 2015 23:10

            Moi,aussi j’ai habitée le Bouguen ( la maison du coiffeur) nous étions la famille Le Borgne.(9 enfants) j’aimerai retrouver Annie Marie de son nom de jeune fille ( ma copine d’école). Voilà novice en informatique.a plus tard.

    • Souvenir du Bouguen Jol Le Bras 24 novembre 2012 19:58, par merouani

      Monsieur le bras

      j’ ai habite le bouguen nord-ouest, dans les annees d’ apres guerre.
      je m appelle athika Merouani, et fait parti d une famille de 10 enfants, nous avons t pris de partir,( 1967 ) pour aterrir , dans une cite HLM ’ kerourien’ Mon pere conduisait une traction, nous avons un chien ’ nimbus’ un canard ’ sainturnin ’ nous avions comme amis les ’ bouzenoun, coadou, cariquiri ’
      si cela vous rapelle quelque chose ! contacter-moi
      cordialement