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Rapport Général d’incendie, consécutif à l’explosion du navire Océan-Liberty « le 28 Juillet 1947 » enregistrer pdf {id_article}
jeudi 21 septembre 2006
par PERHIRIN Georges
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RAPPORT GENERAL D’INCENDIE

Consécutif A L’explosion du Navire :

OCEAN - LIBERTY

Survenue au Port de Commerce de Brest le 28 Juillet 1947
1er / - Incendie et explosion du navire
2er / - Incendies consécutifs à l’explosion

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L’océan Liberty la veille de son explosion
« L’océan Liberty » La veille de son explosion à quai au port de commerce 28/7/1947

==============

Brest, le 9 Août 1947
Le Lieutenant Palu, Commandant le Corps Des Sapeurs Pompiers Incendie Et Explosion du Navire - Le 28 Juillet 1947 -

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Le Lieutenant Raymond Palu
L’océan Liberty 28 juillet 1947.

Alerte à 12 heures 45 - Distance : 1500 mètres. Mise en batterie de deux lances de 70 m/m à 12heures 50.

Matériel amené :

Voiture à grande puissance LEYLAND (200 M.C. heure)
Voiture Jeep - dévidoir
Voiture sanitaire avec brancards, appareils respiratoires « Fendez », et appareils de secours aux noyés ou asphyxiés.

A notre arrivée nous constatons qu’une abondante fumée sort par les cheminées d’aération du navire desservant les cales 2 et 3.

Océan-Liberty en feu au 5ème bassin du port de commerce.

Monsieur Ravis de la C. N. V. R. servant d’interprète nous fait savoir que le Capitaine fait noyer les soutes à la vapeur et a donné l’ordre de faire fermer les panneaux de la cale 3 et de faire obturer au moyen de bâches les cheminées d’aération ci-dessus désignées, dans le but d’essayer d’étouffer le feu.

Jugeant cette manière d’agir très dangereuse en raison de l’accumulation des gaz et des risques d’explosion, j’ai aussitôt fait donner l’ordre d’enlever les panneaux des cales 2 et 3 et d’enlever les chapeaux des cheminées d’aération.

Afin de permettre cette manœuvre nous avons mis en batterie nos deux établissements de 70 m/m. et refroidi les tôles des ponts, la passerelle ainsi que toutes les parties du navire qu’il fallait enlever.

Dès que les panneaux de la cale 3 furent enlevés une épaisse fumée âcre et jaunâtre s’élève en tourbillons rendant l’air irrespirable.

Je fais comprendre aux quelques hommes de d’équipage restés à bord qu’il leur fallait évacuer.

J’ai l’impression que si cette cale avait été maintenue fermée un quart d’heure de plus le navire faisait explosion à quai.

Vers 13 heures 05, un premier secours de la marine et la Moto -Pompe des ponts et Chaussées, ayant mis en batterie 4 lances de 70 m/m, refroidissent toute la partie avant de la cale une(1) -

Vers 13 heures 15, trois violentes explosions se succèdent projetant dans les airs de nombreux débris enflammés de toutes natures : jouets en caoutchouc, en bakélite, en celluloïd fourrures - porte - cigarettes en matière plastique etc.... A ce moment nous constatons que la partie avant du bateau vibre et que de nombreux grondements sourds ont lieu dans la cale 3. La fumée qui se dégage de la cale est très noire et mélangée à d’immenses flammes rougeâtres ce qui nous fait supposé que des fûts d’hydrocarbure aient fait explosion. Nous apprenons alors qu’il y avait dans cette cale des fûts d’huile, gas-oil, graisse et autres lubrifiants.

A ce moment, la chaleur est t’elle que la peinture de notre auto-pompe forme des cloques et roussie. Je donne l’ordre de la faire changer de place et d’allonger les établissements en conséquence.

Il est environ 13heurs 30, diverses Autorités sont sur les lieux et décident de faire remorquer le navire au large.

Vu le risque d’explosion, je demande à la Police, en présence de Monsieur le Sous -Préfet de faire évacuer les Ouvriers travaillant au Port de Commerce.

Le rayonnement de chaleur devint tel que des magasins Entrepôts commencent à flamber ; nous dirigeons vers ces foyers les jets de six lances de 70 m/m. je conserve néanmoins sur l’avant du bateau une équipe de sept hommes dont deux pompiers de la Marine maintenant en action deux lances de 70 m/m. Et empêchant la propagation du feu par les superstructures du bâtiment.

Entre 14 heures 15 et 14 heurs 30, deux remorqueurs de la D. P. prennent le navire en remorque en le tirant par l’arrière. Nous n’avons pas été prévenus de cette manœuvre de départ. Nos sapeurs ont dû sauter du bateau sur le quai d’une hauteur d’environ cinq mètres. Nous avons dû les recevoir dans nos bras afin d’éviter qu’ils ne restent à bord et ne puissent être secourus. De ce fait, nous avons perdu beaucoup de matériel d’incendie

Le bateau étant parti, tous nos efforts se portent sur les Dock. Un grand hangar contenant des marchandises diverses : maïs - soja - fils de coton câblé - pneumatique de diverses dimensions etc.... est la proie des flammes. Nous faisons la part du feu et réussissons à protéger de nombreuses caisses contenant des machines-outils, des automobiles, des pneumatiques etc.... Nous évacuons dix superbes voitures américaines entreposées dans un bâtiment voisin qui d’ailleurs n’a pas pris feu.-----

A 17 heures, le feu est circonscrit et je donne l’ordre aux Pompiers de la Marine et des Ponts et Chaussées de rejoindre leurs casernements respectifs. Je m’aperçois alors que le navire est échoué sur le banc de sable de St-Marc, face aux Produits chimiques, à l’usine à Gaz, aux Raffineries de pétrole et à l’éperon du 5éme bassin où se trouvent les entrepôts de la Chambre de Commerce de nombreuses baraques en bois de trente mètres de long contenant les réserves de matériaux divers des services de la Reconstruction.

Le bateau étant échoué plus près du 5 ème éperon que des usines citées plus haut, connaissant le risque d’explosion, je décide l’envoi d’une grosse camionnette et d’une moto-pompe et d’un piquet de sept hommes afin d’être prêt à intervenir sur le champ et de tenter de protéger efficacement les baraquements construits en cet endroit.
Pendant ce temps l’incendie fait rage à bord du bateau, un Patrouilleur de la Marine tente de créer des voies d’eau en tirant des coups de canon au-dessus de la ligne de flottaison, certains coups sont portés au-dessus de cette ligne à hauteur de la cale1 et l’on peut voir de la fumée et des flammes sortir par les brèches ainsi occasionnées.
17 heures 25 - Le navire fait explosion, la fumée est d’abord grise comme celle produite par l’éclatement d’un explosif, puis c’est une énorme colonne de fumée ocre et noire qui monte jusqu’à environ 2 500 mètres et s’étale comme un gigantesque champignon.
Les débris du navire projetés dans les airs retombent sur la ville et sur les docks. Ces débris sont incandescents et sont le point de départ de nombreux incendies en différents points de la ville et du port. Certains de ces débris pèsent plusieurs tonnes et mesurent jusqu’à 21 mètres de long.
Par la force de la déflagration, de nombreux bâtiments s’écroulent, des toits sont arrachés, des cloisons soufflées et des vitres brisées. De nombreuses personnes sont blessées soit par la chute des bâtiments, soit par la chute d’éclats, soit par des morceaux de vitres.
Une formidable vague d’une hauteur de cinq à six mètres balaie le terre-plein du 5ème Eperon face au navire ainsi que la plage de St-Marc. Entre l’explosion et l’arrivée de la vague la presque totalité des baigneurs se trouvant sur la plage ont pu s’échapper. Ils en seront quittes pour des pertes d’effets.
Notes et Remarques.
La cargaison du navire était destinée à être répartie entre plusieurs ports. Le navire devait commencer son périple par Envers. Par suite d’une grève survenue dans ce port, il fut dérouté sur Brest. Afin de pouvoir prendre livraison de marchandises pour la France, celles destinées à la Belgique durent être en partie enlevées des cales et en partie déplacées à l’intérieur du navire.
D’autre part, tout navire contenant des matières classées comme dangereuses doit conformément aux décisions et circulaires citées ci-dessous en référence, prévenir par écrit l’inspecteur de la navigation et du travail maritimes qui s’assure de l’exécution des mesures réglementaire relatives à ces transports. Circulaire M. M. F. C. du 15 septembre 1941. M. M. F.C. 6 Mai 1942. Il y a lieu de s’assurer d’autre part, de la répartition des diverses marchandises, dans les cales et de savoir si les carburants étaient entreposés en même temps que d’autres matières facilement combustibles s’ils voisinaient avec les nitrates.
Il serait intéressant de savoir également si ces nitrates d’ammonium étaient de fabrications récentes ou s’ils provenaient de certains produits destinés à la fabrication d’explosifs de guerre et entreposés à l’origine dans divers dépôts et depuis fort longtemps.

Nous faisons remarquer que conformément aux instructions reçues de l’Inspecteur Départemental des services d’incendie, nous n’avons pas envoyé d’eau sur le nitrate en fusion.
Il nous a été signalé que le nitrate même enflammé reste stable tant que le noyau central n’a pas atteint une température avoisinant 400° centigrades. Il nous a été également signalé que pour éteindre les feux de nitrates, il faut étouffer l’incendie au moyen d’une couche de sable, chose impossible à faire à bord d’un navire. Il faut également éviter les chocs et l’on peut se demander si les coups de canon tirés même avec des projectiles morts ne constituaient pas une opération dangereuse.
Heureusement qu’un vent faible soufflait au moment de l’explosion, car avec un vent violent, le panache de fumée se serait répandu sur la ville et aurait pu occasionner de nombreux cas d’asphyxie.-----

INCENDIES CONSÉCUTIFS A L’EXPLOSION Sitôt après l’explosion de nombreux éclats incandescents s’abattent sur la ville et sur les docks, une formidable déflagration jette bas la presque totalité des établissements du port de Commerce et de nombreux baraquements, magasins, entrepôts et maisons de la ville.

Les docks en feu

A l’éperon du 5ème bassin où j’avais placé une équipe de secours le personnel a échappé de justesse à la mort. Le souffle les a projetés à une distance de 10 mètres environ. Tous les baraquements se sont écroulés et enflammés spontanément côté face au navire sur une longueur d’environ 200 mètres. Les sapeurs pris sous les débris ont pu se relever, dégager deux de leurs camarades légèrement atteints ainsi que deux civils qui les accompagnaient, ces deux derniers ont été plus grièvement blessés, l’un a eu le bras gauche arraché et l’autre la jambe droite.

Notre camionnette a eu sa carrosserie traversée de part en part par de nombreux éclats dont l’un d’eux incandescent avait commencé à y mettre le feu. La moto-pompe a eu son capot arraché et tordu. Par chance les moteurs n’ont rien eu.

Délaissant ce brasier où malgré la meilleure volonté une moto-pompe n’aurait pu suffire, les Sapeurs ont ramassé les blessés et les ont conduits à l’Hôpital. Puis ils ont rejoint la Cité Commerciale où de nombreuses baraques étaient la proie des flammes. De son côté l’auto-pompe qui était en batterie pour noyer les décombres aux docks du 3ème bassin a rejoint également la Cité commerciale. Un premier secours parti de notre caserne avait également rejoint la Cité. Un 4ème secours parti de notre caserne combattait activement un incendie de maison rue Victor Hugo. Cela nous faisait ainsi quatre équipes attaquant en des points différents.

Alertés par le bruit de l’explosion les pompiers de la marine qui rentraient à leur casernement ont fait demi-tour et nous ont rejoints. Je les ai immédiatement dirigé, une partie rue Poullic-al-lor où une maison était en feu et à la forme de radoub où un bâtiment des Ponts et Chaussées était en flammes.

Cité Commerciale.

Cinq grandes baraques d’environ trente mètres de long sur huit mètres cinquante de large servant de magasins et l’une d’elles de baraque-hôtel étaient à notre arrivée la proie des flammes. De nombreux projectiles incandescents les avaient atteintes de plein fouet. En moins de 10 minutes, deux autos-pompes alimentant six grosses lances de 70m/m et deux de 45m/m. furent en action Le feu bien que très violent fut vite circonscrit et l’on peut voir de nombreuses baraques voisines construites en bois qui n’ont pas brûlées mais qui ont leurs cloisons noircies ; ces baraques étaient pourtant pour la plupart recouvertes avec du carton bitumé. En une demi-heure tout danger était écarté, une équipe de secours restait sur place pour éviter tout retour offensif.

Rue Victor Hugo.

A notre arrivée la toiture et les combles d’une maison de deux étages étaient en flammes. Une moto-pompe et deux lances de 70m/m eurent raison de cet incendie en une demi-heure. Les deux étages furent préservés.

Rue Poullic-Al-Lor.

A l’arrivée des Pompiers de la Marine, une vieille masure de trois étages en partie sinistrée est entièrement la proie des flammes. Les Pompiers de la Marine font la part du feu et évite la propagation aux immeubles voisins. Tout danger est écarté après une heure de demie d’efforts.

Les secours extérieurs commencent à arriver :

Le Relecq-kerhuon avec 1 Moto-pompe et une équipe de 5 hommes
Guipavas avec 1 auto-pompe et une équipe de 5 hommes
Landerneau avec 1 Fourgon d’incendie normalisé
Landivisiau avec 1 Fourgon d’incendie normalisé
Morlaix avec 1 Fourgon-pompe
Lesneven avec 1 Moto-pompe
Quimper avec 1 Fourgon-pompe
Quimperlé avec 1 Fourgon-pompe
Le Relecq-Kerhuon combat de concert avec les Pompiers de la Marine un commencement d’incendie dans l’amas de ruines des Produits Chimiques. Ils sont rejoints par une de mes équipes de Brest et à eux trois s’attaquent à divers foyers : Raffineries de Pétrole, entrepôts de la sté Coopérative et Agricole de l’ouest. Société des produits Chimiques de l’ouest (où 450 tonnes de nitrate sont entreposées).
Dans la nuit, Morlaix vient encore renforcer.

Landerneau et les Pompiers de la Marine combattent un incendie d’entrepôt à la forme de radoub.

Guipavas et une équipe des Pompiers de Brest combattent un incendie Au Foyer du Soldat et du Marin où dans un entrepôt se trouvent 10 fûts de 200 litres d’essence et 11 caisses de 50 kilogrammes de dynamite qui grâce au courage des Sapeurs purent être retirés à temps évitant ainsi une nouvelle catastrophe.

Sur ordre de l’Amiral nous avons attendu plus d’une heure avant d’attaquer un brasier important situé aux Raffineries de pétrole C. I. P. l’on craignait en effet l’explosion d’un réservoir contenant plusieurs centaines de milliers de litres d’essence. Sans attendre de contre - ordre, nous nous sommes rendu maîtres du feu et avons ainsi éviter l’explosion et la combustion du liquide.

Vers trois heures du matin, l’Inspecteur Départemental Directeur des secours, après une inspection faite en ma compagnie a donné ordre aux Pompiers de la Marine, de Landerneau, de Guipavas, du Relecq-Kerhuon, de Lesneven, de Quimper et de Quimperlé de rentrer à leurs casernements respectifs. A cinq heures du matin les pompiers de Landivisiau et de Morlaix rentraient chez eux à leur tour. Le feu était circonscrit mais non éteint.

Le 29 à 6 heures du matin un feu de brousses nécessitant l’envoi de deux voitures est éteint au Château de Ker-Stears.

Les Pompiers de Brest assurèrent une surveillance efficace au moyen de petites lances branchées sur les bouches d’incendie et cela pendant toute la journée du 29 et la nuit du 29 au 30. Tout le matériel roulant était remis en état de servir dans la matinée du 29.


Le 29 Juillet
- Un vent souffle avec un peu de violence. A 10 heures nous envoyons une auto-pompe au 3eme Bassin noyer les décombres des docks. Le feu couve toujours dans les nombreux sacs de maïs et dans les piles de pneumatiques. Nous demandons à ce que les Prisonniers de Guerre Allemands viennent déblayer, chose qui ne sera malheureusement faite que le 30 et 31 et nous oblige à assurer une permanence de jour comme de nuit.

A 13heures 30
nouveau feu de brousses au Château de Ker-Stears le long de la falaise surplombant la voie de chemin de fer. A 15 heures 25, nouveau feu de brousses au Château de Ker-Stears le long de la falaise au-dessus des Etablissement Desmarais. A 16 heures 25, nouvelle intervention pour noyer un brasier composé de carton bitumé et de balles de Kapock au 5eme bassin du Port de Commerce.

Le 30 Juillet - A 2 heures du matin nouvelle intervention à la forme du radoub.

A 10 heures nouvelle intervention pour feux de brousses au Château de Ker-Stears à l’extrême pointe de la propriété travail dangereux, plusieurs grenades laissées dans les broussailles lors de la Libération éclatent sous l’effet de la chaleur. Par bonheur personne n’est blessé.

A 14 heures, nouvelle intervention au 3ème bassin et extinction des débrits au fur et à mesure du déblaiement.

A 17 heures, nouvelle intervention dans les décombres de la maison de la rue Poullic-al-Lor- A 20 heures, nous abattons à l’aide de notre camion amphibie possédant un gros treuil la façade et l’un des pignons de cette maison qui menacent de s écrouler dans la rue.

A 20 heures 30, nous repêchons un noyé entièrement nu dans le bassin des carburants au gaz.

A 22 heures, nouvelle intervention au Château de Ker-Stears pour un feu de brousses, mais cette fois, le long de la route du gaz.

Depuis 14 heures, à l’usine à Gaz, nous avons mis en aspiration une moto-pompe pour vider la cuve supportant le gazomètre. A 22 heures, tout paraissant plus tranquille, nous mettons également en batterie notre grosse auto-pompe leyland, il s’agit en effet de vider trois millions six cent mille litres d’eau dans les plus brefs délais afin de pouvoir constater les dégâts subis par le gazomètre. Nous avons également envoyé notre groupe ventilateur, il faut en effet ventiler pour éviter les risques d’explosion et permettre la descente dans la cuve. Ce travail durera toute la nuit et toute la matinée du lendemain.

31 juillet A 15 heures15, nouvelles intervention mais cette fois aux Pétroles Jupiter, dans l’atelier d’emballage où le feu avait couvé jusqu’à ce jour

De 21 heures 30 à 3 heures du matin, nouvelle intervention au 5ème bassin où le feu avait repris à l’autre extrémité du bâtiment.

1er Août : Nouvelle intervention à la cité Commerciale pour noyer les décombres de la papeterie en attendant le déblaiement.

2 Août : A 15 heures 30, nouvelle intervention à la Cité Commerciale pour noyer les décombres de la librairie pendant le déblaiement.

Nota. Il est à remarquer que les feux de brousses n’ont commencé à se déclarer que très longtemps après l’explosion. En effet, au moment de celle-ci, le vent était très faible sinon nul et les éclats projetés dans les broussailles n’ont provoqué que des petits feux de racines qui ont couvés pendant plusieurs heures. Tard dans la soirée et toute la journée du lendemain un vent fort ayant soufflé, la combustion fut activé et de grandes surfaces brûlées.

Transports de blessés
Sitôt après l’accident, notre camionnette-ambulance, notre jeep et notre camionnette remarquant la moto-pompe ont servi également en dehors de transports de matériel et de personnel aux transports de nombreux blessés.

L’auto-pompe basée à St Pierre a servi également au transport de 14 blessés, mais n’a pas eu à intervenir pour aucun sinistre.

Sur mon ordre, deux de mes sapeurs et un troisième légèrement blessé au cours de l’explosion ont aidé la Section des Ambulancières de la Croix Rouge. L’un d’eux a pu donner son sang pour la (357) fois.

Dégâts et Pertes de Matériel

Voiture Leyland :

Une porte de caisson arrachée
Une aile faussée
Un phare brisé
Une jante faussée
Un pneu traversé par des éclats

Auto Ambulance

Carrosserie soufflée
Aile avant soufflée et disloquée
Pneu avant traversé par des éclats

Camion Austin

Carrosserie disloquée (complètement à refaire)
Deux batteries traversées par des éclats

Auto-Pompe Renault

Aile arrière soufflée
Châssis légèrement tordu
Un pneu traversé par des éclats

Moto-Pompe Delahaye

Panneaux enfoncés et capot déformé par le souffle.

Pertes de matériel au cours des sinistres

a)A bord du navire
Un cordage de sauvetage
Une commande
Une hache
Un masque respiratoire Fendez
550 mètres de tuyaux de 70 m/m
Une lance de 70 m/m
Cinq Paletots de cuir

(Ce matériel a dû être abandonné à bord étant donné que le bateau a quitté le quai sans que nous soyons prévenu et que le personnel n’a dû son salut qu’après avoir sauté à terre et dans nos bras afin d’amortir la chute)

b) Au cours des autres sinistres

7 Paires de bottes (semelles complètement brûlées)
3 Paletots de cuir (lacérés, irréparables)
6 Pantalons de draps (déchirés, irréparables)
4 Pantalons de toile ( -id- )
Un phare- Projecteur sur accus
Une pièce de division (écrasée par un véhicule)
17 Raccords N. S. P. (écrasés par des véhicules)
200 Mètres de tuyaux de 70m/m, mis hors d’usage

Rapport Moral

Dès l’alerte, tous les hommes sans exception, y compris deux malades en exemption ont rejoint leur poste. Tous, Du Sapeur au Gradé ont fait preuve de courage, héroïsme même d’esprit de décision et surtout d’endurance quand on songe au travail qui a été effectué et aux risques encourus. A titre d’exemple, pour venir à bout de ce sinistre, les Sapeurs Pompiers de Brest ont utilisé 4.150 mètres de manches de 70 m/m. Et les pompiers de la Marine 5.200 mètres. On se rendra compte facilement par l’énoncé de ces chiffres du travail gigantesque qui a été effectué. Je me plais à remarquer que grâce aux hautes qualités professionnelles de mon équipe de Sapeurs-Pompiers de Brest, La cité Commerciale a été préservée d’un embrasement général

Il est à noter qu’une liaison constante était assurée entre le Service des Eaux et le service d’incendie J’apprécie hautement l’effort fourni par Monsieur l’Ingénieur Costes, Monsieur Fitamant et son Équipe qui ont détourné vers les points menacés toute l’eau nécessaire à combattre les multiples sinistres.

 


    3 Messages

    • A cette époque, nous habitions Plonéour-Lanvern, j’avais 6 ans. Je me souviens du retour de Brest en fin d’après-midi, le 28 juillet 1947, de mes parents miraculeusement sains et saufs après l’explosion du navire. Ils s’étaient rendus le matin dans le centre de Brest aux obsèques d’un oncle à maman. En relisant ces souvenirs d’hier, je suis très émue d’autant plus que mes parents ont disparu et que de nombreuses fois ils ont évoqué cette explosion qui les avaient tant marqué psychologiquement.

      • J’avais 10 ans le jour de l’explosion de l’Océan liberty, j’étais louveteau dans une meute de Senlis dans l’Oise, notre camp était installé à Saint Hernin( je ne suis pas sur de l’orthographe de ce nom)et nous étions venu à Brest pour deux jours et nous avions dormi chez une cheftaine originaire de Brest. Nous attendions notre train à la gare pour retourner à notre camp , je crois que notre train était vers les 17h 30. La gare se trouvait près des quais et nous attendions l’heure du train en regardant le bateau brulé dans la rade.Nous étions au dessus de la gare sur des remparts avec un petit mur ou nous étions appuyés , vers 17 30 le bateau a explosé et nous avons été projeté par terre derrière le petit mur du rempart, nous avions nos sacs de scout sur le dos et nous avons été protégé par ces sacs des milliers de morceaux de verre qui nous tombaient desus car des immeubles neufs étaient en construction le long de ce rempart.Nous étions environ 25 louveteaux aucun d’entre nous n’a été blessé, je me souviens des baraquements qui brulaient car il avaient reçu des morceaux de navire incandescents qui ont mis le feu aux baraquements, nous avons été dirigé vers un hopital pour quelques heures et nous sommes repartis le lendemain pour notre camp.pour anecdote ,j’avais un pansement sur la jambe mais c’était un furoncle , dans le train les gens me chouchoutaient pensant que j’avais été blessé dans l’explosion.

        • Bonjour,
          J’avais 4 ans et demi et j’étais à la grève du vieux St Marc toute l’après-midi avec mes soeurs et des cousins et nous regardions le bâteau brûler à 200 ou 300 mètres.
          Nous avons eu beaucoup de chance car le Liberty Ship chargé de nitrates a explosé 1 à 2 minutes après que nous avons quitté la grève, près de la guinguette, et nous étions sous le pont de chemin de fer à 100 ou 200 mètres.
          Hélas, le destin a fait que tous les Brestois qui profitaient de ce bel après-midi ensoleillé d’été à la grève n’ont pas eu cette chance
          J’habite à Tournefeuille, près de Toulouse et lorque l’usine AZF a explosé (nitrates également)à 6 kms à vol d’oiseau, j’ai cru qu’un avion s’était écrasé près de la maison.