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Témoignages et récits d’habitants des quartiers du Bouguen et autres enregistrer pdf {id_article}
jeudi 24 février 2005
par PERHIRIN Georges
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Le Télégramme de Brest.

Au Bois de Sapins ma maison était en carton

Baraque de Gérard le Mérour. « Famille Le Mérour »

Sinistrée à Recouvrance et réfugiée dans la Presqu’île de Crozon pendant l’occupation, ma famille est revenue habiter Brest en 1948. Une baraque « Américaine » portant le numéro B 12 lui avait été attribuée enfin ! Dans un endroit appelé le Bois de Sapins. Ce petit quartier qui comptait une cinquantaine de baraques préfabriquées aux Etats-Unis avait été aménagé au milieu des champs au fond d’une impasse (devenue la rue Théodore Botrel) accessible par la rue du Commandant Drogou, la grande voie qui menait de Kérinou au Bergot).

Un excellent esprit régnait chez les habitants de ce « village » où la solidarité n’était pas un vain mot. Nous nous connaissions tous car nous nous croisions sans arrêt dans les allées à une époque où l’on ne circulait pas en voiture et où la télévision ne nous confinait pas encore dans nos logements. Nous appartenions à des familles de petits fonctionnaires, d’officiers mariniers, d’ouvriers de l’arsenal ou du bâtiment. Les parents étaient tous heureux de retrouver Brest après les années noires et de bénéficier de logements confortables pour l’époque en attendant de retrouver des maisons « en dur ».

Ah, la belle baignoire !

Au bois de Sapins, nous avions le sentiment d’être des privilégiés, parce que nous habitions des baraques « Américaines ». Par rapport aux baraques dites françaises mais étaient elles vraiment de fabrication française ? Nos petites maisons avaient la particularité de posséder une vraie salle de bain équipée d’une superbe baignoire émaillée, un luxe pour l’époque. C’était une merveille que nous enviaient nos camarades des quartiers voisins de Kéredern, du Bergot ou du Bouguen. Cette baignoire, il faut le reconnaître, était bien sûr fort commode pour la toilette, mais elle était surtout appréciée par les mères de famille qui pouvaient y faire la lessive sans sortir de chez elles. Les plus folles rumeurs couraient sur l’utilisation de cette fameuse baignoire. On racontait qu’untel y élevait des lapins, qu’un autre y cultiver des salades, qu’un troisième y logeait chaque soir une chèvre dont le lait alimentait ses enfants.-----
Des fenêtres étonnantes et... dangereuses

En ces temps, lieu de délices pour nous autres enfants, la baraque de « carton », de bois, de papier bitumé, avait en fait des défauts si on la compare aux logements d’aujourd’hui : l’hiver, il y faisait un froid glacial seule la cuisine était chauffée par une minuscule cuisinière à charbon et l’été par les soirs d’orage, il y faisait si chaud que chacun redoutait l’heure d’aller se coucher. Les fenêtres de la baraque étaient étonnantes. Contrairement aux fenêtres françaises, elles s’ouvraient ou plutôt s’entrouvraient sur l’extérieur. Certaines d’entres elles, équipées de vitres très grandes pour l’époque, se soulevaient comme des lucarnes et il fallait les bloquer avec un système particulier pour laisser pénétrer l’air frais dans les pièces. Avec les années, les systèmes se détérioraient et nombreux furent les locataires occupants qui s’y écrasèrent les doigts en voulant les fermer.

Une hantise : le feu !

Quelques mètres seulement séparaient les baraques les unes des autres et les matériaux dont elles étaient faites les rendaient extrêmement vulnérables au feu. La peur de l’incendie hantait toutes les familles qui surveillaient de très près les enfants toujours enclins à jouer avec des allumettes. Malheur à celui qui était surpris à faire un « petit feu » dans le terrain vague voisin ! C’était la raclée paternelle assurée et la réprobation de tous les voisins... Même la traversée du champ de blé contigu au quartier, en plus mois de juin était une faute moins grave et pourtant dans cette société issue du monde rural, ça coûtait très cher aux garçons insouciants que nous étions.-----
Au milieu des fleurs

Chaque famille avait à cœur de rendre sa baraque avenant. Le long des fondations de pierre courraient de minuscules plates-bandes où les plants qui s’échangeaient entre voisins donnaient au printemps et en été de fort belles parures. Les familles qui habitaient sur le pourtour du quartier et donc en bordure des talus avaient pour la plupart aménage de petits potagers et parfois même édifié des cabanons pour y ranger les outils et le charbon de la cuisinière. Inutile de dire qu’elles étaient jalousées et de temps à autre certains parlaient d’aller dénoncer cette situation au « MRL » l’organisme qui gérait les baraques sous prétexte qu’en cas d’incendie, ces aménagements sauvages gêneraient les manœuvres des sapeurs-pompiers.

Un monde disparu

Dans cette ville de bois que fut Brest entre 1945 et 1955, nous n’avions absolument pas l’impression d’être des marginaux comme ont pu l’être les habitants de certains camps de réfugiés. La vie quotidienne y était tout à fait normale et l’on s’habituait vite à cet environnement que l’on disait très provisoire : tout notre univers était en baraques, les écoles, les églises, les commerces et cela nous plaisait à nous les enfants à tel point que lorsque le temps vint de quitter le quartier pour aller habiter les nouveaux immeubles de béton, pour la plupart d’entre nous, ce fut un déchirement. J’ai le souvenir de déménagements qui se firent dans les larmes. Une nouvelle société urbaine naissait dans la dispersion. Le « Brest - des baraques » disparut peu à peu sans laisser de traces si ce n’est dans la mémoire de gens de ma génération qui comme leurs parents avec le « Brest-d’avant guerre » perdaient un peu de leurs racines.
Charles Le Mérour.

----- La baraque Américaine

La baraque Américaine était une « maison «  » carrée d’environ huit mètres de côté. Ses « murs » étaient constitués de panneaux doubles de matière cellulosique agglomérés qui rappelaient le carton. Le toit plat était de bois recouvert de feuilles de bitume. Elle abritait une cuisine, un petit cellier, une salle à manger, une salle de bains et deux chambres. Dans toutes les pièces on trouvait des placards extrêmement pratiques pour les familles qui, sinistrées pour la plupart, ne possédaient que peu de meubles. Peintes de couleurs claires, les baraques furent parfaitement entretenues du moins les premières années. Elles étaient prévues pour durer 10 ans, en fait les dernières disparurent vers 1965. Au moment de leur démolition, certaines d’entre elles ont été rachetées par des particuliers et aujourd’hui encore, dans les communes côtières notamment, on peut encore en voir dans leur version améliorée, doublées de bois et couvertes de fibrociment... 55 ans après leur fabrication, ces résidences secondaires résistent encore au climat Breton.

-----Jacky BIZIEN
Un ancien locataire des baraques du Bouguen aujourd’hui j’habite la région toulonnaise.

Natif de Brest, j’y ai vécu de 1937 à 1954, puis de 1959 à 1961.Je suis né rue de l’ Allée Verte, appelée aujourd’hui rue Mathieu Donnart reliant St Martin à Kérinou. Au lendemain de la libération en Septembre 1944, nous avons habité à Traon-Quizac, 6, rue Emile Combes.
Le 9 Février 1949, mes parents viennent aménager au Bouguen et, ce, jusqu’en Octobre1956. Beaucoup de déception au début car ayant trois enfants, ils espéraient obtenir une baraque dite " américaine", bénéficiant, il est vrai, d’un meilleur confort. Déjà, malgré le dénuement général, certaines échelles de valeur étaient bien établies...
Installés au Bouguen Nord-Ouest, notre baraque se situait à la lisière du terrain de foot du S.C.B. et des fermes Squiban et Pellen ou nous allions chercher notre lait. Nous étions, en général, tous issus de milieux modestes, certes, il y avait quelques" notables" ingénieurs, professeurs, officiers de marine. Autant que je me souvienne, il n’y a jamais eu de dissensions de ce coté-là. Une certaine solidarité régnait entre tous. Je me souviens de sorties dominicales en groupes, en famille, paniers de maigres victuailles sous le bras pour aller notamment sur les bords de l’étang de Kerléguer, les uns poussant la chansonnette telle " qu’il fait bon chez vous Maître Pierre"...les autres créant des jeux...

Quelle bonne fatigue le soir !!!-----
La vie n"était pas drôle tous les jours, les fins de mois difficiles... les plats de pâtes à la sauce tomate ou les patates revenaient souvent au menu...Dans notre secteur se trouvait une épicerie tenue par Mme Kerroch. La brave femme, que nous appelions " la Mère Tape dur", nous consentait quelques crédits, non sans honte - nous avions notre fierté - que nous nous empressions de régler dès que la solde du père arrivait.

Je me souviens de quelques noms de famille qui habitaient dans notre allée : baraque B2 : Maréchal ; B4 : Le Duff ; B6 : Elbertse ; B8 : Corre ; B10 : Le Roux dont le fils jouait au foot au S.C.B ; C5 Le Flem ; C9 : Coadou ; C11 : Guivarch.
En 1951, j’ai intégré le Patro de l’Espoir du Bouguen ou j’ai joué au Basket jusqu’en 1954.Mes équipiers s’appelaient les frères Cotten ( Michel et Georges ) les frères Cornec, les frères Le Page, Saleun le grand et le petit ( Joël ) Pierrot Briant, Pierrot Le Dall dit Ti Dall, J.C. Runavot.
Les " Managers " étaient M.M. Bouguion, Lirzin ; Le Bras. A cette époque, le Patro était chapeauté par deux prêtres : Le père Jullien, décédé prématurément, et le père Raoul.
Revenu à Brest en 1959, j’ai réintégré le club jusqu’en 1961 ou je jouais en senior. Durant cette période, une partie des joueurs cités plus haut effectuaient leur service militaire en Algérie. Notre groupe évoluait alors en Excellence Départementale. Nous affrontions les équipes de Douarnenez, de Pont- l’Abbé, de Quimper, de St Pol, et les équipes brestoises de Kerbonne, de Guérin, de St Laurent, de l’Etendard. Beaucoup de Souvenirs...
En 1977, de Passage dans la région brestoise, j’ai voulu montrer à ma famille mon ancien quartier, mais à la sortie de Lanrédec je suis resté " scotché" car je ne reconnaissais plus rien, tout avait disparu !!! La reconstruction était passée par là...Certes, c’était nécessaire mais que de repères perdus...
J’espère, grâce à ce site renouer des contacts. Depuis 1966, j’habite la région toulonnaise. Merci de m’avoir permis de découvrir ce site et de surfer avec émotion sur ces vieux souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire.

Meilleures Salutations.

Jacky BIZIEN