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Les Lavandières de Kérangoff enregistrer pdf {id_article}
samedi 23 avril 2005
par DISARBOIS
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Le lavoir

S’il est un endroit qui mérite d’être connu, c’est bien le lavoir. Solange se souvient très bien de la grogne des blanchisseuses en décembre 1960. C’est la fin des baraques de Kérangoff, mais, bien que relogées, les blanchisseuses veulent garder leur lavoir. Elles décident de prendre le bus et de se rendre à la Mairie pour manifester. Après quelques palabres, le Maire de l’époque, Georges Lombard, accepte de les recevoir ; il les écoute et leur promet la reconstruction à un autre endroit, ce qui est fait en avril 1961. Il est vrai que pour beaucoup d’entre-elles, laver du linge leur procure un certain revenu et la machine à laver est encore un engin qui coûte cher et n’inspire pas trop confiance :
Ça ne lave pas aussi bien qu’à la main,
Ça use le linge.

Pendant ces quelques mois, c’est au lavoir de la Pointe qu’elles poursuivent leurs activités.

Les places étaient réservées et gare aux contrevenantes, les langues bien pendues remettaient l’intruse à sa place au propre comme au figuré.

La mère de Solange ne jurait que par la lessive « Lacroix » qui rendait les tricots de son mari plus blanc que blanc. Le savon, on l’achetait avec des tickets, me dit Guy :« J’allais jusqu’à Kérinou et puis on le laissait sécher au moins trois mois avant de l’utiliser ».

Avec la fin des baraques c’est aussi une autre énergie qui est utilisée pour faire bouillir le linge, le gaz remplace le bois mais non sans problèmes car, dans le vent, rien ne vaut un bon feu de bois. Pour remédier à celà, les trépieds sont mis à l’abri à l’intérieur du lavoir malgré les protestations de la responsable arguant de la sécurité.

Le lavoir était aussi un lieu d’observations, d’un seul coup d’œil on lisait la vie des gens dans la lessiveuse mieux que dans le marc de café ou sur la boule de cristal, de quoi alimenter les commérages pour quelques temps.
Tiens ! Elle change encore ses draps. ?

Et pourquoi donc ?

Elle lave ses serviettes, ce n’est donc pas pour cette fois-ci.

Il y avait de l’ambiance au lavoir, en plus des conversations animées, il arrivait parfois qu’une lavandière chuta dans le bassin à la suite d’un faux mouvement en voulant remonter un drap chargé d’eau par exemple. Alors là, c’était la franche rigolade car le lavoir n’était pas très profond, mais il fallait parfois se mettre à plusieurs pour sortir une lavandière un peu plus ronde que la moyenne. Chacune avait sa caisse à laver pour poser ses genoux et éviter autant que faire se peut, d’être trempée. Elles étaient face à face sur le côté du bassin et non face à celui ci. Le lavoir n’était jamais silencieux, le tap-tap des battoirs était accompagné de chants. Il y avait beaucoup d’entraide, pour essorer les draps, déplacer une lessiveuse, pousser un chariot. Nous allions aussi boire un café chez l’une ou chez l’autre pour se reposer un peu, car les journées au lavoir commençaient de bonne heure.

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Les lavandières
Mmes Disarbois, Corre, Kerhomen, Bihan, Grannec, Hélies.

Madame Ropars était chargée du gardiennage, elle vidait les bassins régulièrement, les brossait, cassait la glace en hiver et assurait l’éclairage à l’aide de bougies ; maîtresse femme, elle savait se faire respecter.

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La neige ne les arrête pas
Mmes Disarbois, Floch, Grannec, Mellac, Ropars et Corre .
(de Gauche à droite)

« Ma mère native, de Plabennec, n’aimait pas l’ambiance » me dit Annick, « elle trouvait le langage trop fleuri. » Mon père lui avait fabriqué une jolie caisse pour aller au lavoir, passage obligé, car nous étions six enfants et il fallait bien entretenir le linge. Je me souviens de l’avoir remplacée une fois, je sens encore mes joues se colorer, en écoutant des propos, que je n’avais pas l’habitude d’entendre à la maison.

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Caisse à laver et chariot-lessiveuse
René Coatanéa, Auguste Disarbois,Henri Corre et Jean Méneur.

Tous les ans pour les rameaux, nous avions des vêtements neufs, confectionnés par ma mère, ainsi qu’un chapeau pour aller à la messe en l’église de Kerbonne.

Les « Bouillitures »(1)se faisaient à l’extérieur du lavoir dans des lessiveuses et, pour rendre le linge plus blanc ou pour faire partir les taches récalcitrantes, il était étendu sur l’herbe.

 

P.-S.

(1)Bouillitures:Terme utilisé à Kérangoff, pour désigner l’action de bouillir le linge.