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Témoignage de M. Jean Floch enregistrer pdf {id_article}
lundi 24 avril 2006
par DISARBOIS, PERHIRIN Georges
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Témoignage de M. Jean Floch : baraques O11, T6, F 1 au Bergot.

J’ai vécu en baraques dans le quartier du Bergot de 1947 à 1957, date de mon départ au service militaire. Jusqu’en 1950, nous habitions O 11, baraque occupée par quatre ménages, ce qui posait des problèmes, les appartements n’étant séparés que par une mince cloison de bois et nous entendions tout ce qui se passait chez le voisin. Malgré les excellentes relations que mes parents entretenaient avec eux, ils sont parti dès qu’ils ont pu trouver une baraque française à trois pièces, c’était la T 6. Cette baraque était située, à peu près où se trouve la rue d’Aquitaine pas très loin du carrefour du Bld de l’Europe et de l’Avenue Le Gorgeu, sur la droite en allant vers le Pont de Villeneuve. Au début des années 60, ils déménagent une fois de plus pour venir habiter dans la F 1 ; c’est là que mon père est décédé en décembre 1963. Il travaillait au charbonnage chez Stéphan et faisait aussi le docker occasionnellement. Ma mère a occupé la baraque jusqu’en 1966, avant d’ être relogée. Nous étions six, ma mère, mon père deux sœurs et un frère. Une de mes sœurs est née dans la baraque en 1953 ; événement encore assez courant à l’époque.

Un grand moment le certif

Je me souviens très bien de la classe du certificat d’études, M. Moisan Georges était le directeur et aussi notre instituteur. Je garde de lui le souvenir d’un homme juste et bon. Nous étions trente six dans la classe, dix huit d’entre nous étaient présentés à l’examen par le directeur et quatre se présentaient en candidats libres. Sur l’ensemble il n’y eut que deux candidats libres a être recalés. Le directeur était fier du résultat et nous aussi bien sûr. Après concertation nous décidons de nous cotiser pour acheter un cadeau ; sans rien dire nous partons à Kérinou acheter des tasses bretonnes. Evidemment le directeur est dans tous ses états, il pense que nous avons fait l’école buissonnière, étant en possession du fameux sésame tant convoité. Il jure ses grands dieux, que l’on va voir ce que l’on va voir et que ça va chauffer à notre retour. Quel n’est pas sa surprise quand nous revenons avec le cadeau ! Après quelques remarques de circonstances, il nous remercie et nous invite même à venir manger quelques gâteaux chez lui. Je pense à mon père qui m’avait promis un vélo si j’étais reçu et une « danse » si j’étais collé. Je n’ai jamais eu de vélo en cadeau, mais je suis toujours fier d’avoir décroché ce certificat. Une chose toutefois qui m’a beaucoup marqué, lors des promenades en car, les instituteurs qui nous accompagnaient, nous faisaient chanter « dans la troupe il a pas de jambes de bois », mais dans notre classe il y avait un élève de Landéda Paul Le Goff qui avait un pilon, et j’étais malheureux pour lui de ce que considérais comme un manque de respect. Ce handicap ne l’a pas empêché de faire des études, puisqu’il est devenu professeur de médecine.

Les balades du patro

En dehors de l’école, il y avait le patronage laïque et le patro des curés St Yves. Je fréquentais ce dernier et j’ai le souvenir des prêtres, M. Le Ru, Nicol, Calvez, ils nous envoyaient en promenade le jeudi après-midi « au bois de la Baronne » le bois de Kéroual, nous cueillons des rhododendrons quand c’était l’époque pour les ramener à l’école. A la belle saison nous allions à pieds pique-niquer à l’étang de Kerléguer, baignade pour ceux qui le voulaient, moi je préférais la mer. Il y avait également des pique-niques organisés par les gens du quartier et nous allions vers la côte, Portsall, Landunvez et autres plages. Ceci me rappelle une anecdote, comme j’étais plutôt du genre rachitique, mon père voulait que je me dépense plus et un beau jour il a voulu me pousser à l’eau, car j’hésitais à me mouiller. J’ai du pressentir la poussée, je me suis écarté et il s’est retrouvé à l’eau tout habillé. Je ne vous dis pas la frayeur ! J’imaginais déjà la « rouste » mémorable qui m’attendait. Il a passé l’après midi en slip sur les rochers, à attendre que ces vêtements veuillent bien sécher, mais l’ambiance aidant je suis passé à côté de la correction. Ouf !...

Plombier zingueur

J’ai suivi un apprentissage de plombier zingueur chez Keromnes rue Yves Collet, de mars 1954 à mars 1957, puis jeune ouvrier jusqu’au service militaire en octobre de la même année. Comme apprenti je ne gagnais pas grand chose et comme jeune ouvrier j’avais 120f de l’heure. Toute ma paye allait à la maison et ma mère me donnait mon « prêt » le dimanche, 500f. Pour augmenter mon argent de poche je faisais des petits boulots au noir Un jour, je travaillais sur un chantier place de Strasbourg, j’étais l’apprenti de l’ouvrier et il me demande d’aller chercher un litre de vin. Alors que je revenais, une voiture s’arrête à ma hauteur et qu’elle n’est pas ma surprise de voir le patron me demander de l’accompagner jusqu’à l’atelier. J’obtempère, pensant qu’il n’avait pas vu la bouteille que je tentais de cacher sous un pull, que je tenais à la main. Afin de m’occuper il me donne à fondre des morceaux d’étain pour reconstituer des baguettes de soudure. Quelques instants plus tard, l’ouvrier arrive dans tous ses états, il avait perdu son apprenti et prenait le patron à témoin de son malheur. Après l’avoir laissé parlé celui ci lui a passé un savon, en lui montrant la bouteille de rouge qu’il avait découvert ; s’il avait pu rentrer sous terre il l’aurait fait.

Tour de France et service militaire

En 1957, j’ai fait avec mon ami Maxime Aubry, le tour de France en scooter, en trois semaines, en passant par Lourdes, Carcassonne, Genève, Macon, Rennes, St Brieuc et Plouguerneau. Puis en octobre 1957 c’est le service militaire dans la marine, les classes à Pont-Réan, puis le cours de canonnier sur le Jean-Bart, ce qui m’évite sans doute Siroco et l’Algérie. J’embarque quelques mois sur le Lafayette, puis retour sur le Jean-Bart, où je finirais mon service.

Se marier à l’église

En septembre 1959 je me marie, et pour se marier à l’église il faut se confesser, seulement je ne veux pas me confesser au curé de Plouguerneau, un peu trop curieux à mon goût, je préfère l’aumônier et pas de problème, il m’écoute en confession et me donne l’attestation, malheureusement le papier disparaît de mon caisson, mauvaise blague ? Vol ? Perte ? Toujours est il, qu’il me faut trouver un prêtre rapidement. Ma fiancée me dit, je vais à Kérinou chez la coiffeuse, pourquoi n’irais tu pas voir le curé ! Aussitôt dit aussitôt fait, j’entre dans l’église et je vois une dame à qui j’explique le problème, elle me dirige vers la sacristie et là le prêtre, après confession me délivre enfin le fameux papier.

Plombier, garçon-boucher, patron de bar

Je sors du service en février 1960. Là, changement de vie, ma belle mère me propose de travailler comme garçon boucher avec elle, j’accepte, en 1969 je prends l’affaire à mon compte jusqu’en 1981. La concurrence des moyennes surfaces devenant trop pressante, je prends un bar à Lambézellec, le « Pen ar Valy » jusqu’à mon départ en retraite en 2001.
Je me souviens toujours des dimanches du Bergot, le grenier de Montmartre à la radio , la marchande de coquillages qui tenait un commerce à côté de l’église et qui passait entre les baraques avec son chariot, le vendeur de l’Huma, qui chantait son « Demandez l’humanité, l’organe central du parti communiste français ».
En face de l’église il y avait le bistrot « Chez Clovis », l’agence postale, M. Vaillant le marchand de charbon, on l’appelait « Pen-Couch » car il avait la tête sur le côté. Il y avait aussi les alimentations de Mme Do, Jacopin, Kihal, Mme Le Bras tenait un bar, M.Drogou et Mme, puis Antoine Cadiou tenait la Boucherie ; il y avait aussi la charcuterie Le Hellay. A toucher l’Eco il y avait une Boulangerie, ainsi qu’un local qui servait à l’infirmière venant de Lanroze faire des piqûres aux patients. Plus tard une salle de cinéma fut monté à l’arrière de l’église à toucher le terrain de basket.

O. DISARBOIS